Xenogenre : caractéristiques et définition d’une personne

En 2014, le terme xénogenre apparaît pour la première fois dans des espaces numériques anglophones dédiés à l’exploration des identités de genre. Rapidement, il suscite des débats sur la légitimité et la reconnaissance des catégories de genre perçues comme non traditionnelles.

Des définitions multiples coexistent en ligne, oscillant entre concepts personnels et cadres communautaires. Les attentes institutionnelles restent floues, tandis que de plus en plus de personnes revendiquent ce terme pour exprimer une expérience de genre distincte des classifications habituelles.

Comprendre le xénogenre : origines et définitions clés

Le xénogenre s’affirme comme une identité de genre qui ne se laisse enfermer ni par la binarité homme-femme, ni par les catégories non-binaires déjà établies. Né sur les forums et réseaux sociaux anglophones au cœur des années 2010, ce terme s’est vite enraciné dans les communautés queer et non-binaires. Il désigne celles et ceux dont la définition du genre ne correspond à aucun cadre traditionnel. On entre ici dans un univers où la subjectivité prend le dessus : le genre s’élabore à partir de symboles, d’idées abstraites, de références à la nature, à la technologie, à l’imaginaire, bien loin de la grille classique homme ou femme.

Le collectif espagnol Neurodungeon incarne ce mouvement, défendant la pluralité des identités de genre. Ses membres s’inspirent notamment du Manifeste Xénoféministe pour revendiquer une vision où la technologie dynamite les normes établies. Sur TikTok, le hashtag #xenogender explose, cumulant des millions de vues et exposant ces nouvelles formes d’auto-identification. Pendant ce temps, les GAFAM apparaissent comme les arbitres d’un univers numérique où les expressions de genre s’émancipent des cadres officiels.

Pour mieux cerner ce concept, voici les caractéristiques principales du xénogenre :

  • Xénogenre : identité qui ne se conforme à aucune logique binaire homme/femme
  • Concept abstrait, symbole, synesthésie : le genre se vit comme une expérience intérieure, parfois synesthésique, sans inscription dans une catégorie sociale figée
  • Auto-identification : chaque personne xénogenre définit ses propres repères, souvent en dehors des normes habituelles

Le genre devient alors une zone d’expérimentation, mouvante, où les identités se créent et se transforment sans jamais se figer. À la pratique, le xénogenre invite à repenser la notion même d’identité, loin des dichotomies et des hiérarchies imposées.

Quelles sont les caractéristiques d’une identité xénogenre ?

Dans ce champ ouvert, la distinction homme-femme s’efface pour laisser place à des formes d’identité de genre qui ne relèvent ni de la biologie, ni des catégories sociales classiques. Les xénogenrés se reconnaissent dans des réalités perçues comme étrangères à l’humain : animal, végétal, objet, humeur, concept abstrait, ou avatar numérique. Il ne s’agit pas de provocation, mais d’un ressenti profond, souvent décrit comme synesthésique : ici, le genre s’expérimente par les sensations, les associations d’idées, les symboles, les images.

Voici les contours que prend souvent cette identité :

  • Genre non humain : identification à des créatures ou éléments non humains (gobelin, korrigan, forêt, cristal, vapeur…)
  • Perceptions synesthésiques : le genre se manifeste à travers des sensations, des couleurs, des rythmes, des états intérieurs
  • Auto-définition : chaque xénogenré trace sa propre voie, loin des codes de la masculinité ou de la féminité

Parmi les témoignages marquants : Ariel 136, xénogenré breton, déclare se reconnaître gobelin, tout en revendiquant une parenté avec les korrigans. Delphes, alias Hildegarde pour le collectif Neurodungeon, opte pour une identité elfique et refuse toute appartenance à l’espèce humaine. D’autres embrassent la notion de post-humain, manière d’affirmer une rupture totale avec la binarité traditionnelle.

Si certains font référence à Carl Gustav Jung et ses concepts d’anima et d’animus, cette dualité masculin/féminin est souvent remise en question, notamment par des autrices comme Jean Shinoda Bolen. Pour les xénogenrés, la modalité de genre ne se stabilise jamais : elle traverse, hybride, expérimente, sans jamais se figer.

Parcours et vécus : témoignages de personnes xénogenres

Dans l’espace public, les xénogenrés prennent la parole. Delphes, connue sous le nom d’Hildegarde au sein de Neurodungeon, raconte un parcours marqué par la quête d’un langage pour exprimer une identité hors des cadres habituels. « Je ne suis ni homme, ni femme, ni neutre. Je suis un être en mouvement, parfois élfique, souvent post-humain », partage-t-elle lors d’un entretien diffusé sur Arte, dans le cadre d’un projet mené par Zoltan Hauville, Matthieu Foucher et Maya Rosa. Chaque récit porte la marque d’une diversité de vécu singulière. Ariel 136, breton, revendique son identification au gobelin et au korrigan : « Pour moi, le genre n’est pas une case. Il se vit comme une énergie, une mémoire, une façon d’habiter le monde. »

Lors du festival à Messana, la diversité des xénogenrés venus de multiples horizons met en lumière la pluralité des contextes sociaux autour de l’auto-identification. Yessi Perse et Kaverna, également membres du collectif, soulignent l’importance de créer des espaces de sécurité où chacun puisse explorer son rapport au genre, loin des normes binaires. Sur TikTok, les hashtags #xenogender et #nonbinary rassemblent une foule d’expériences individuelles et collectives, preuve de la richesse et de la vitalité du mouvement.

Ce foisonnement de récits montre toute la diversité des identités de genre et le rôle du collectif dans l’affirmation de soi. L’expérience xénogenre, en repoussant les limites de l’humain, questionne la société sur sa capacité à accueillir ceux qui empruntent d’autres chemins.

Personne genderfluid dans une bibliothèque chaleureuse

Vers une société plus inclusive : enjeux et perspectives autour du xénogenre

Obtenir une reconnaissance légale pour chaque identité de genre demeure un véritable défi. Pour les personnes xénogenres, la question du genre à l’état civil se confronte à l’inertie administrative et au manque d’options hors du schéma binaire. Dès l’enfance, la mention du sexe à la naissance influence le parcours, complique l’accès aux droits et favorise le mégenrage, pratique qui sévit encore dans les commissariats et la gendarmerie.

Les difficultés rencontrées par de nombreuses personnes xénogenres se manifestent sous plusieurs formes :

  • Discriminations à l’école et sur le lieu de travail
  • Violences psychologiques et physiques
  • Traitements inéquitables dans l’accès aux soins

La transidentité englobe à la fois les personnes transgenres et non-binaires. Le xénogenre, en élargissant ce spectre, ouvre de nouveaux points de lutte pour l’égalité des droits. Amnesty International, lors de la marche des Fiertés, rappelle que l’égalité reste à conquérir, y compris là où les protections juridiques existent, et défend les droits des personnes trans et xénogenres.

Si la visibilité médiatique avance, la société française tarde à offrir des lieux sûrs et des dispositifs de soutien psychologique adaptés. Les campagnes Calvin Klein, avec un homme enceint, ou les documentaires Netflix, comme celui sur Caitlyn Jenner, participent à repousser les limites du pensable. Mais pour les personnes xénogenres, il s’agit d’obtenir un accompagnement respectueux, qui ne pathologise pas, centré sur le droit à l’auto-identification.

Dans un monde qui se réinvente sans cesse, le xénogenre dessine de nouveaux possibles et rappelle qu’aucune identité n’est figée. Qui saura entendre cette polyphonie, et inventer une société à la mesure de toutes ses voix ?

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