Onze hausses. C’est le nombre brut, presque irréel, des relèvements successifs des taux directeurs par la Banque Centrale Européenne en moins de deux ans. Face à cette cadence, le crédit immobilier s’est retrouvé sous une chape de plomb inédite. Pour la première fois depuis 2014, les investisseurs institutionnels tablent désormais sur un véritable tournant à l’horizon fin 2025, alors même que les banques françaises traînent des pieds pour répercuter la moindre baisse sur les emprunteurs. Mais si l’Observatoire Crédit Logement révèle un net ralentissement de la hausse, la demande reste à un niveau plancher rarement observé. Les signaux sont brouillés, les paris ouverts : 2025 et 2026 s’annoncent comme des années de vérité pour le marché.
Où en sont les taux immobiliers aujourd’hui ?
Le marché du crédit immobilier traverse une période singulière. Les données de l’Observatoire Crédit Logement/CSA sont sans appel : en mai 2024, le taux moyen d’un prêt immobilier s’établit autour de 4 %, toutes durées confondues. Depuis l’automne 2022, la remontée s’est enclenchée, mais elle marque le pas depuis le printemps. Malgré ce ralentissement, le taux immobilier demeure élevé, bien supérieur à ce qu’on a connu ces dix dernières années.
Les banques, soucieuses de préserver leur rentabilité, affinent leur barème selon la solidité des dossiers. Voici à quoi s’attendre selon le profil de l’emprunteur :
- Un apport personnel conséquent ou un dossier en béton permet encore de décrocher des conditions en dessous de la moyenne affichée.
Le TAEG (taux annuel effectif global), qui agrège l’assurance emprunteur et tous les frais annexes, tutoie fréquemment le taux d’usure fixé par la Banque de France. L’accès au prêt immobilier en souffre, en particulier pour les primo-accédants et les foyers modestes. La conséquence est frappante : la production de crédits s’est littéralement effondrée, divisée par deux en deux ans.
Dans ce contexte, le marché immobilier tourne au ralenti. Les taux longs, en particulier l’OAT 10 ans, oscillent, amorçant une légère détente depuis le début d’année. Les banques restent attentives à cette évolution, mais n’ont pas encore abaissé leurs taux de crédit immobilier en conséquence. Face à ces obstacles, la durée moyenne des prêts s’étire : 25 ans s’impose désormais comme un standard pour de nombreux projets. Résultat : le coût global d’un achat immobilier pèse lourd sur le budget de la plupart des acquéreurs.
Quels signaux annoncent une possible baisse d’ici fin 2025 ?
La prévision de baisse fin 2025 anime toutes les discussions, mais personne ne s’y risque la fleur au fusil. Quelques signes émergent cependant, à commencer par la stratégie de la banque centrale européenne (BCE). Dès le printemps, la BCE a amorcé un mouvement de détente sur ses taux directeurs. Le geste reste mesuré, mais le signal est là : si l’inflation continue de s’essouffler, la trajectoire pourrait se poursuivre.
Cette baisse progressive des taux directeurs rebat les cartes du coût du crédit pour les banques. En parallèle, l’OAT à 10 ans, référence pour la fixation des taux immobiliers, connaît une légère décrue depuis janvier. Ce mouvement, encore timide, reflète l’ajustement des investisseurs sur les marchés obligataires. Si la tendance se confirme, les banques pourraient bientôt avoir une marge de manœuvre pour ajuster à la baisse leur taux crédit immobilier.
Autre levier, la contraction de la demande : moins de transactions, des prix qui commencent à fléchir, comme le confirment les réseaux type Meilleurs Agents. Ce recul exerce une pression à la baisse sur les prix, et à terme, sur les taux pratiqués.
Dans certaines banques, on commence déjà à préparer l’après-crise. Les directions du risque réévaluent leurs barèmes à la lumière des évolutions de la politique monétaire BCE et du climat commercial. La convergence de ces facteurs, monétaires et économiques, sera décisive pour enclencher une baisse des taux immobiliers d’ici la fin 2025.
Prévisions pour 2025 et 2026 : ce que disent les experts
Les projections d’évolution des taux immobiliers pour les prochains mois se dessinent avec une prudence de circonstance chez les banques, mais sur fond d’optimisme modéré. À en croire plusieurs analystes, le taux moyen des crédits immobiliers pourrait repasser sous la barre des 3,5 % en 2025, après avoir tutoyé les 4 % en 2023 et 2024. Cette dynamique s’explique par un environnement économique en pleine recomposition :
- Inflation contenue, politique monétaire de la BCE assouplie, et adaptation progressive des marges bancaires.
Attendre 2026, dans l’espoir d’un repli des taux plus marqué, comporte son lot d’incertitudes : les prix pourraient repartir à la hausse, ou des conditions d’emprunt plus strictes refaire surface. Avant de se lancer, chaque ménage doit prendre le temps d’évaluer le coût total du crédit, taux, assurance, frais de dossier, garanties, et de mesurer la solidité de son projet de vie, bien au-delà du simple chiffre affiché sur l’offre de prêt.
Le marché retient son souffle : la prochaine oscillation des taux décidera non seulement du sort des acquéreurs, mais aussi du tempo de la reprise immobilière. À l’horizon, une question obsède les acteurs : qui aura la main assez ferme pour saisir la première vraie fenêtre d’opportunité ?

